Sur chaque terrain, une silhouette discrète se tient entre les deux camps. Elle ne porte pas de crampons flashy, ne marque pas de buts, mais elle porte sur ses épaules le poids du jeu. Cette silhouette, c’est celle de l’arbitre de football. Au Tchad, comme ailleurs, il ou elle est là pour faire respecter les règles, maintenir l’équilibre et garantir que la passion du football ne se transforme pas en chaos. Pourtant, dans notre pays, cette figure centrale semble évoluer dans une ombre inquiétante.

7 500 francs CFA en première division, 5 000 en deuxième. C’est le prix payé pour arbitrer un match officiel à N’Djamena dans la capitale tchadienne. Pour supporter la pression des tribunes, les protestations des joueurs, les critiques des bancs. Pour marcher, parfois seul, vers un terrain sans vestiaire et sans sécurité. Pour rentrer chez soi sans garantie. Et parfois, pour recevoir des insultes voire des coups.

Des incidents récents impliquant des arbitres comme Victorine Ngarassoum, Laré Lamngar, Alfred Armi, Issa Togoï ou Aïcha Bit Oumarou ont ramené ce débat sur la table. Ceci prouve qu’au-delà des fautes sifflées ou non, des cartons levés ou oubliés, se trouvent des êtres humains. Et que leur rôle ne se limite pas à faire respecter les règles, il consiste aussi à préserver l’esprit du jeu, souvent dans des conditions très précaires.

Selon un arbitre interrogé « Chaque arbitre est unique. Nous sommes des êtres humains, non des monstres. Sur le terrain l’arbitre est la personne qui fait respecter les règles pendant un match. Il prend des décisions justes, assure l’ordre, empêche la violence et veille à ce que le jeu soit équitable pour tous. Sans arbitre, il n’y a pas de match bien organisé. Alors, pour améliorer les conditions de travail des arbitres dans notre pays, je dirais plusieurs solutions simples peuvent être envisagées. »

Certains voient l’arbitre comme un obstacle, d’autres comme un bouc émissaire. Et quand les supporters ou les joueurs dépassent les limites, l’arbitre se retrouve seul, sans vraie protection, sans vraie reconnaissance.

Plus loin encore, l’arbitre poursuit « Il serait important d’augmenter les primes d’arbitrage afin de nous permettre de remplir notre mission dans la dignité. Un fonds spécial pourrait aussi être créé pour soutenir ceux qui sont agressés ou menacés. La présence de forces de sécurité bien identifiées dans chaque stade est également nécessaire pour garantir notre protection. »

Peut-on continuer ainsi ? Le football tchadien aspire à progresser, à attirer des partenaires, à organiser de belles compétitions. Mais comment y parvenir si les arbitres, qui garantissent l’équité du jeu, sont laissés pour compte ? Il devient urgent de repenser leur statut, de les protéger, de les soutenir. Cela passe par un dialogue entre les fédérations, les ligues, les clubs et les autorités. Il ne s’agit pas d’accuser, mais d’agir ensemble.

«  Par ailleurs, des formations régulières et des sessions de recyclage contribueraient à renforcer nos compétences et professionnalisme. Il est tout aussi essentiel de sanctionner fermement toute forme de violence envers les arbitres.» Conclut-il

Bref, l’arbitre n’est ni un ennemi, ni un juge infaillible. Il est un acteur central du jeu, comme le joueur, l’entraîneur, le supporter. Le respecter, c’est respecter le football lui-même. Car si le sifflet se tait un jour, c’est le jeu tout entier qui risque de basculer dans le silence.

Gaëlle Elsou