L’onde de choc née de la débâcle des Sao face au Burundi (8-0 sur l’ensemble des deux manches, lors des tours préliminaires des éliminatoires de la CAN 2027) continue de secouer le football tchadien, trois mois après le coup de sifflet final du match retour. Invité de l’émission Réseau des Citoyens le 22 juin 2026, le sélectionneur national Raoul Savoy a annoncé l’éviction pure et simple de cinq joueurs, qu’il accuse d’avoir saboté le projet collectif de l’intérieur. Une décision aussitôt confirmée par la Fédération tchadienne de football association (FTFA), dont le président Tahir Oloy Hassan évoque une « trahison à la nation » et a annoncé l’ouverture d’une enquête.

Cinq noms, une sentence sans appel

Sur le plateau de Réseau des Citoyens, le technicien hispano-suisse a livré, sans détour, la liste des joueurs qui ne porteront plus le maillot des Sao tant qu’il sera aux commandes : le capitaine Marius Mouandilmadji, le gardien Gabin Allambatnan, l’attaquant Amine Hiver, le défenseur Charles Tchouplaou et le jeune espoir Ahmat Moussa Youssouf. « Ils ne feront plus partie de l’équipe à l’avenir tant que c’est moi qui ai les rênes », a tranché Raoul Savoy.

Le sélectionneur, qui a pris la tête des Sao en août 2025 après des passages remarqués en République centrafricaine, en Gambie et en Éthiopie, a justifié sa décision en évoquant un sentiment de trahison intervenu au pire moment de la campagne. « Comme un couteau dans le dos… On a enquêté. Ce que j’ai ressenti s’est recoupé avec plusieurs discussions et entretiens », a-t-il expliqué, accusant certains joueurs d’avoir percé un trou dans la coque du navire pour le faire chavirer.

Il a tenu à se présenter en contre-modèle de loyauté : « Je suis quelqu’un qui est fidèle, loyal, honnête. Si j’ai envie d’arrêter, je le dis en face. Je ne critique pas derrière, je n’essaie pas de saboter le projet que j’ai quitté. »

La FTFA emboîte le pas et parle de « trahison »

La sortie médiatique du sélectionneur a immédiatement trouvé un écho institutionnel. Le président de la FTFA, Tahir Oloy Hassan, à la tête de la fédération depuis mars 2025, a confirmé la position du staff technique en qualifiant les agissements présumés de certains joueurs de trahison à l’égard de la nation tout entière. Une enquête a été annoncée pour faire la lumière sur ce que la fédération présente désormais comme une tentative de sabotage ayant directement contribué à l’humiliation 8-0 concédée face aux Hirondelles burundaises.

Selon les éléments rapportés, le président fédéral aurait évoqué, lors d’échanges internes, l’implication possible de « hauts cadres » et de « présidents de clubs » dans cette affaire, avant que les noms des cinq joueurs ne soient rendus publics.

Le capitaine Marius riposte et dénonce un « bouc émissaire »

Visé en première ligne malgré son statut de capitaine, Marius Mouandilmadji n’a pas tardé à répliquer. Dès le lendemain, le 23 juin, l’attaquant a publiquement rejeté les accusations, dénonçant une tentative de salir son image et de masquer, selon lui, des défaillances structurelles bien plus anciennes.

Mouandilmadji est notamment revenu sur un épisode survenu plusieurs mois avant la double confrontation contre le Burundi, qu’il présente comme l’origine du malaise : frustré par huit mois d’impayés de salaires touchant le staff technique, Raoul Savoy aurait, lors d’un moment informel, jeté une banane à un joueur en lâchant : « Tiens, c’est la seule chose qu’il reste du Tchad », avant de distribuer des fruits à l’ensemble du staff pour dénoncer la situation. Un geste que certains témoins auraient interprété comme profondément déplacé.

Le capitaine s’est ensuite interrogé sur le choix des noms rendus publics : « Ce qui me choque, c’est que seuls certains noms sortent aujourd’hui. Moi, j’ai dû gérer des joueurs que le coach lui-même qualifiait « d’ingérables ». Il m’appelait souvent pour calmer le vestiaire. Mais ces noms-là, on ne les entend pas. »

Affirmant n’avoir jamais appelé de coéquipiers à bouder la sélection, Marius Mouandilmadji a réclamé des preuves concrètes aux accusateurs et annoncé son intention d’engager des poursuites judiciaires pour diffamation si aucun élément tangible n’était présenté. « On peut critiquer ma performance sur le terrain, mais pas mon engagement. Mon image de capitaine et d’ambassadeur du Tchad, je ne la laisserai pas salir », a-t-il martelé, avant d’appeler à une responsabilité partagée : « Au lieu de chercher des boucs émissaires, il faut que tout le monde assume : le président, le coach, le staff, les joueurs. »

Une crise qui s’ajoute à une saison déjà sous tension

Cette affaire de « sabotage » vient allonger une liste déjà longue de turbulences ayant marqué la double confrontation face au Burundi, entre la crise des billets ayant nécessité l’arbitrage du Premier ministre en mars dernier et les soupçons de sabotage évoqués devant l’Assemblée nationale début juin. Elle relance surtout, à un mois et demi de la reprise des qualifications, l’interrogation sur la cohésion du groupe et sur la nature exacte des tensions internes ayant précédé l’humiliante double défaite.

Reste à savoir si l’enquête annoncée par la FTFA débouchera sur des éléments tangibles, ou si cette polémique restera, comme le redoute le capitaine évincé, une nouvelle querelle publique sans preuves formelles.

Le Sportif continuera de suivre les suites judiciaires et institutionnelles de cette affaire.