Dix ans après sa création, la Fédération tchadienne de natation cherche toujours sa place. Faute d’infrastructures, la discipline reste à quai, alors même que le pays paie chaque année un lourd tribut aux noyades.

Le Tchad est un pays d’eau. Le Chari et le Logone le traversent, le lac Tchad borde ses frontières, mares et rivières ponctuent le quotidien de millions de familles. Et pourtant, dix ans après sa création, la Fédération tchadienne de natation peine encore à faire de cette évidence géographique une discipline sportive à part entière.

Une fédération née d’une conviction

Tout commence le 12 décembre 2015, lors d’une assemblée générale constitutive. À l’origine du projet : le doyen Ndoudé, ancien secrétaire général du Comité olympique et sportif tchadien et lui-même ancien nageur, convaincu qu’un pays sillonné par autant de cours d’eau ne pouvait pas se passer d’une politique sérieuse autour de la natation. L’ambition de départ était claire : poser les bases d’une discipline structurée, capable à terme de porter les couleurs du Tchad sur la scène internationale.

Dix ans plus tard, le constat dressé en interne est sans détour : le fonctionnement de la fédération reste aujourd’hui très limité.

Le vrai obstacle : l’absence de bassins

La cause n’est pas un manque de talents ni de volonté chez les jeunes nageurs, mais une réalité matérielle implacable — le Tchad ne dispose d’aucune piscine publique fonctionnelle. Les fleuves et les mares existent, mais on ne peut raisonnablement y exposer des enfants aux dangers des eaux courantes pour leur apprentissage. Quelques bassins subsistent dans des hôtels ou des propriétés privées, mais leur accès demeure coûteux et difficile pour la majorité des jeunes. Une piscine existait autrefois à la base militaire ; elle est aujourd’hui hors d’usage.

Un signal positif est toutefois à noter : avec l’appui du ministère des Sports et du Comité olympique, une première session de formation a permis de qualifier quinze animateurs de niveau international. Une avancée réelle, mais qui se heurte vite à ses limites : on ne forme pas des nageurs sur du sable.

Des invitations internationales, mais aucune participation

Conséquence directe de ce manque criant d’infrastructures : la fédération n’a, à ce jour, jamais engagé le Tchad dans une compétition internationale de natation depuis sa création. Non par manque de sollicitations — des fédérations africaines et internationales ont pris contact à plusieurs reprises, avec l’appui du ministère — mais parce qu’envoyer des jeunes non préparés dans des bassins aux normes internationales, très différents de l’environnement naturel où ils s’entraînent, relèverait de l’irresponsabilité.

Une piste, encore insuffisante

Une lueur d’espoir existe cependant : le président du Comité olympique aurait promis une convention de partenariat permettant l’accès aux piscines de certains hôtels de la capitale, comme le Radisson. Un premier pas, mais loin de constituer une solution durable. La demande de la fédération n’a rien d’extravagant : non pas une piscine olympique, mais un simple bassin pédagogique sécurisé, permettant d’apprendre aux enfants à flotter et à nager.

Un enjeu qui dépasse le sport

Ce dossier ne se limite pas à une question de médailles ou de compétitions manquées. Il touche directement à la sécurité des populations : les cas de noyade, en particulier chez les adolescents dans les fleuves et les mares, restent fréquents au Tchad. Une piscine publique ne formerait pas seulement de futurs nageurs de compétition — elle sauverait des vies.

Le constat dressé par les responsables de la fédération est sans ambiguïté : dans la plupart des pays voisins, chaque ville dispose d’au moins deux ou trois piscines. Pour un pays producteur de pétrole comme le Tchad, l’absence totale d’infrastructure de ce type interroge moins les moyens disponibles que la priorité qui leur est accordée.

Dix ans après sa création, la Fédération tchadienne de natation existe donc sur le papier, portée par des responsables déterminés et quelques encadreurs formés. Mais sans bassin, pas de nageurs ; sans nageurs, pas de compétition ; et sans compétition, pas de reconnaissance. La balle est désormais dans le camp des pouvoirs publics.

Le Sportif