Longtemps resté dans l’ombre du football, le basketball tchadien vit une saison charnière. Entre la montée en puissance du championnat national, l’émergence de jeunes talents et une qualification historique à l’échelle continentale, la discipline s’impose peu à peu comme la nouvelle vitrine sportive du pays.

Pendant longtemps, parler de sport au Tchad revenait presque systématiquement à parler de football. Mais ces deux dernières saisons, un autre ballon a commencé à occuper l’espace : celui, orange et plus petit, du basketball. Sur les plateaux de N’Djaména comme sur les parquets continentaux, la discipline construit patiemment sa place et les résultats commencent à parler pour elle.

Un championnat national en pleine structuration

À N’Djaména, la Ligue de basketball ne se résume plus à une poignée de clubs qui s’affrontent entre deux saisons de football. Le championnat masculin de première division, animé entre autres par des formations comme Amtock City, attire une attention grandissante, porté par une montée en niveau perceptible saison après saison. La saison 2024-2025 en a été une illustration parlante, Amtock City étant allé jusqu’en finale du championnat national.

Le basketball féminin n’est pas en reste. Le championnat de dames de N’Djaména a connu une saison 2024-2025 disputée, où des clubs comme les Lamantins, les Amazones, Bourgeon Basketball ou encore les Strong Girls se sont livré des duels serrés tout au long de la phase régulière, les Lamantins terminant en tête à l’issue de cette dernière. Match après match, ces confrontations dessinent un championnat féminin de plus en plus suivi, longtemps resté en marge de la couverture médiatique du sport tchadien.

Cette dynamique s’accompagne d’un travail de fond mené par la Fédération Tchadienne de Basketball. Le nombre d’équipes engagées en ligue serait ainsi passé de six à onze en peu de temps, un développement qui a permis l’organisation d’une phase aller comptant plus d’une centaine de matchs disputés. Un signal encourageant, même si des disparités demeurent : les ligues provinciales restent en retrait par rapport à la dynamique observée dans la capitale, faute d’un circuit de compétition suffisamment régulier hors de N’Djaména.

Autre point de vigilance régulièrement soulevé par les acteurs du milieu : les infrastructures. Le championnat de la capitale continue de se jouer en grande partie sur des terrains extérieurs non couverts, exposés à la poussière et aux intempéries, faute d’une salle digne de ce nom. Un dossier toujours en attente, qui rappelle que la progression sportive du basketball tchadien va plus vite, pour l’instant, que celle de ses infrastructures.

Le Tchad, petite nation montante de la Zone 4

Sur le plan continental, le Tchad évolue au sein de la Zone 4 de la FIBA Afrique, qui regroupe notamment le Cameroun, le Gabon, le Congo, la République centrafricaine, la Guinée équatoriale ou encore la RD Congo une zone exigeante, où plusieurs nations disposent d’une tradition basket bien plus ancienne. Dans ce contexte, la fédération tchadienne a tout de même gagné en poids institutionnel : son président occupe désormais la vice-présidence de cette zone FIBA Afrique, un signe de reconnaissance pour un basketball longtemps considéré comme mineur sur le continent.

C’est précisément dans cette Zone 4 que le Tchad vient de réaliser l’un des exploits les plus marquants de son histoire sportive récente.

La qualification historique des Sao U18

Début juin, à Malabo, en Guinée équatoriale, la sélection tchadienne des moins de 18 ans a décroché sa qualification pour le FIBA AfroBasket U18 2026, avant de conserver son titre lors de la finale de la Zone 4 quelques semaines plus tard, un succès qui ouvre du même coup les portes de l’AfroBasket 2027, la compétition continentale de référence. Une première absolue pour le pays, qui n’avait jamais vu une de ses sélections se qualifier pour l’élite africaine du basketball.

Le parcours n’avait pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Battus dès leur entrée en lice par le Congo, les jeunes Sao ont ensuite enchaîné les victoires face à la République centrafricaine, au Gabon et au pays hôte, la Guinée équatoriale, avant de prendre leur revanche sur les Congolais en demi-finale. En finale, ils n’ont laissé planer aucun doute face au Gabon, déjà battu en phase de groupes, en s’imposant largement 85 à 58.

Cette performance, saluée jusqu’au plus haut niveau de l’État tchadien, a été portée par une génération qui semble avoir un temps d’avance. Au cœur de ce groupe, un nom revient sans cesse : celui de Ngaba Yaya, intérieur de 2,07 m à peine âgé de 18 ans, déjà MVP de la saison régulière du championnat national avec Amtock City. Lors des éliminatoires de la Zone 4, il a tourné à des moyennes impressionnantes, autour de 24 points et 23 rebonds par rencontre, complétées par du contre et de l’interception et a logiquement été élu MVP du tournoi tout en intégrant le cinq majeur de la compétition. Un parcours qui a débuté quelques années plus tôt à l’AfroBasket U16, où le natif de N’Djaména n’était encore qu’un joueur prometteur parmi d’autres, avant de connaître une progression fulgurante sous la houlette de son club formateur.

Une nouvelle vitrine pour le sport tchadien

Au-delà du symbole sportif, cette qualification raconte aussi une bascule plus large. Alors que l’équipe nationale de football, sport historiquement roi au Tchad, traverse une période où les résultats peinent à convaincre un public habitué à plus d’ambition, c’est le basketball qui redonne aujourd’hui des couleurs à la fierté sportive nationale. Une dynamique encore fragile, mais réelle, incarnée aussi par les centres de formation comme Dream Comes True, à N’Djaména, où une nouvelle génération de joueurs grandit avec l’ambition affichée d’atteindre un jour le plus haut niveau mondial.

Le chemin reste long avant que le Tchad ne s’installe durablement parmi les nations qui comptent en Afrique. Mais entre un championnat national qui se professionnalise, des clubs féminins en plein essor et une sélection jeune qualifiée pour la première fois à l’AfroBasket, le basketball tchadien a, cette saison, toutes les raisons d’y croire.

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