Près d’un mois après la signature de l’arrêté n°54/PR/PM/MJS/SG/2025, la mise en œuvre du texte au sein du Ministère de la Jeunesse et des Sports (MJS) révèle un climat de tension et d’incertitude. Le document, signé par le ministre Maide Hamit Lony, impose aux cadres occupant des postes de responsabilité de renoncer à toute fonction dans les fédérations sportives, dans un délai de sept jours, au nom du principe de neutralité de l’administration.
Pensé comme un instrument de clarification des rôles et de renforcement de la gouvernance, l’arrêté suscite des réactions contrastées. Plusieurs hauts responsables ont, dès la publication du texte, présenté leur démission de leurs fonctions fédérales, actant leur choix de rester dans l’administration. D’autres, en revanche, se trouvent dans une position inconfortable, tiraillés entre la pérennité de leur carrière administrative et des engagements de longue date dans le mouvement sportif. Une frange, enfin, n’a à ce jour manifesté aucune intention de se conformer à la directive, maintenant le flou sur ses intentions.
Cette diversité d’attitudes met en lumière les limites de l’autorité ministérielle dans un contexte institutionnel où les frontières entre sphère publique et structures sportives demeurent historiquement poreuses. Si l’arrêté entend incarner une volonté politique de rupture, son efficacité dépendra de la capacité du ministère à faire respecter le cadre fixé – y compris par la voie disciplinaire, le cas échéant.
Dans l’enceinte du ministère, les positions divergent. « Il faut appliquer la décision sans exception, sinon toute réforme devient illusoire », estime un cadre ayant quitté son poste dans une fédération. À l’inverse, un autre confie sous anonymat : « C’est une décision difficile à vivre. Certains d’entre nous ont donné plus de vingt ans au sport national. »
Pour le ministre Maide Hamit Lony, l’enjeu dépasse le seul respect d’une directive. Il s’agit d’affirmer une ligne de gouvernance, d’éviter les conflits d’intérêts, et de restaurer une administration sportive crédible. Mais sans application cohérente et sans réponse aux résistances internes, la portée de l’arrêté pourrait être réduite à un signal sans suite.
Au-delà du cas du MJS, cette séquence illustre les difficultés structurelles de l’action publique dans le secteur sportif tchadien, marqué par des imbrications complexes entre fonction publique et engagement associatif. Elle rappelle, en creux, l’ampleur du défi que représente la construction d’une gouvernance véritablement autonome et transparente.
Gaëlle Elsou


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