Longtemps relégué derrière le football et, plus récemment, le basketball dans l’attention du public et des médias, le handball tchadien amorce un mouvement discret mais réel de réorganisation. Nouvelle équipe dirigeante reconduite à la tête de la Fédération, ligues provinciales rééquipées, tournois de détection relancés dans les provinces : la discipline cherche à se redonner un cadre. Mais derrière ces signaux positifs, les obstacles structurels financement, infrastructures, visibilité restent les mêmes qui freinent le handball national depuis des années.

Une gouvernance stabilisée, un mandat pour relancer la discipline

Le 13 septembre 2025, à Bongor, dans le Mayo-Kebbi Est, l’assemblée générale de la Fédération tchadienne de handball a reconduit Abba Djidda Mammar à sa présidence, par consensus, pour un nouveau mandat de quatre ans. À ses côtés, Youssouf Digadimbaye a été élu vice-président. Le bureau exécutif, composé de treize membres, hommes et femmes, s’est donné pour mission affichée de « relancer la discipline au Tchad » et de s’attaquer aux défis qui freinent son développement.

Cette continuité à la tête de la Fédération s’est traduite, quelques mois plus tard, par des actes concrets. Le 16 mars 2026, au Centre Culturel Baba Moustapha à N’Djamena, la Fédération a procédé à la remise officielle de matériel sportif aux ligues provinciales : vingt chasubles, cinq ballons et un filet par ligue. Cette distribution faisait suite à une formation des entraîneurs en vue de l’obtention de la licence DIHF, destinée à structurer et professionnaliser l’encadrement technique à l’échelle nationale. Le président de la Fédération a, à cette occasion, insisté sur la nécessité de développer des centres de formation pour détecter et encadrer les jeunes talents, tout en appelant les joueurs à la discipline et à la responsabilité.

Le terrain comme priorité : détection des talents et vie des ligues provinciales

Au-delà des décisions prises à N’Djamena, c’est sur le terrain, dans les provinces, que se joue une partie de l’avenir du handball tchadien. Du 22 au 24 janvier 2026, la ville de Sarh a accueilli un tournoi amical organisé par la Fédération en partenariat avec la Ligue provinciale du Moyen-Chari, rassemblant des équipes venues du Chari-Baguirmi, du Logone Occidental, du Logone Oriental et du Moyen-Chari. L’événement, placé sous le signe du « vivre-ensemble », de la paix et de la détection des jeunes talents, a attiré un public nombreux au stade omnisports de Begou signe que l’envie est là, dans une province où le handball a longtemps été populaire. Le match d’ouverture, disputé entre les vétérans du Chari-Baguirmi et ceux du Moyen-Chari, s’est d’ailleurs soldé par un score serré de 27 buts partout, reflet d’un engagement technique et physique que les observateurs présents ont salué.

À N’Djamena, la vie institutionnelle locale suit également son cours : en décembre 2025, un nouveau président a été élu à la tête de la Ligue provinciale de la commune, et la ligue a organisé en février 2026, en prélude au lancement du championnat, un mini-festival régional réunissant les clubs de la capitale sous le slogan du handball comme vecteur de cohésion. ​Ces initiatives, modestes prises isolément, dessinent un effort de structuration du handball depuis la base la condition pour qu’émerge, à terme, un vivier de joueurs capable d’alimenter les sélections nationales.

Le frein qui revient toujours : le financement

Mais la réalité du handball tchadien ne se limite pas aux cérémonies et aux bonnes intentions. Elle se heurte, comme pour beaucoup de disciplines au Tchad en dehors du football, à un problème récurrent : le manque de moyens. L’épisode le plus parlant de cette difficulté concerne les sélections nationales féminines junior et cadette, retenues pour disputer le Challenge Trophy, tournoi régional organisé tous les deux ans et considéré comme une porte d’entrée vers les compétitions continentales, voire mondiales.

À quelques jours du départ pour la compétition, le secrétaire général de la Fédération avait dû lancer un appel à l’aide publique : faute de moyens, les passeports nécessaires au déplacement des joueuses n’avaient pas pu être établis. « Sans passeports, il n’y aura pas de voyage, et donc pas de championnat », avait-il alerté, exhortant autorités, partenaires privés et bonnes volontés à se mobiliser. Cet épisode illustre une fragilité structurelle : la discipline dispose de talents identifiés les équipes masculines avaient d’ailleurs brillé lors de l’édition précédente du même tournoi, les juniors décrochant le titre et les cadets terminant troisièmes à Yaoundé mais peine à transformer ce potentiel en présence régulière sur la scène régionale, faute d’un accompagnement logistique et financier stable.

Une histoire internationale modeste, un potentiel encore largement inexploité

Sur le plan des sélections nationales seniors, le bilan international reste limité. Côté féminin, la seule participation tchadienne à une compétition internationale remonte à 1988, lors du Championnat d’Afrique des nations B, où les Tchadiennes avaient terminé troisièmes avant de déclarer forfait pour l’édition suivante faute de moyens pour s’y déplacer. Cette absence quasi totale de la scène continentale depuis plus de trois décennies, pour les seniors, contraste avec les résultats encourageants obtenus plus récemment par les catégories de jeunes un signal que la marge de progression existe, à condition de donner aux générations montantes les moyens de poursuivre leur trajectoire jusqu’au plus haut niveau.

Ce qu’il faudrait pour passer un cap

Plusieurs leviers se dégagent de cet état des lieux pour permettre au handball tchadien de franchir une étape :

Sécuriser le financement des déplacements internationaux. L’épisode du Challenge Trophy a montré qu’un problème aussi basique que l’obtention de passeports peut annuler des mois de préparation sportive. Un fonds dédié aux compétitions internationales jeunes, alimenté par des partenaires publics et privés, éviterait que ce type de situation se reproduise.

Capitaliser sur la dynamique des jeunes catégories. Les résultats des juniors et cadets masculins au Cameroun, ainsi que l’engouement constaté à Sarh, suggèrent un vivier réel. Le défi est désormais de créer des passerelles claires entre ces catégories de jeunes et les sélections seniors, pour que ce potentiel ne se dilue pas faute de suite dans le parcours.

Poursuivre l’équipement et la formation des ligues provinciales. La distribution de matériel et la formation des entraîneurs à la licence DIHF, amorcées en mars 2026, doivent devenir un effort continu plutôt qu’une opération ponctuelle, pour que la pratique se structure durablement en dehors de N’Djamena.

Donner au handball une visibilité médiatique à la hauteur de ses initiatives. Les tournois de Sarh ou de N’Djamena attirent un public nombreux sur place, mais peinent à exister dans l’espace médiatique national au même titre que le football ou, désormais, le basketball. Une couverture régulière des championnats provinciaux et nationaux contribuerait à attirer l’attention de sponsors potentiels, condition souvent nécessaire pour desserrer la contrainte budgétaire.

En résumé

Le handball tchadien n’est pas un sport à l’arrêt : une gouvernance reconduite et mobilisée, des ligues provinciales en cours de rééquipement, un vivier de jeunes talents qui a déjà fait ses preuves au niveau régional. Mais sans un effort soutenu sur le financement et la visibilité, ces signaux positifs resteront fragiles. La discipline a montré, lors du Challenge Trophy comme à Sarh, qu’elle dispose à la fois de l’envie sur le terrain et d’une direction fédérale consciente des défis à relever. La question, pour les prochaines saisons, est de savoir si cette énergie locale trouvera enfin les relais financiers et médiatiques pour s’exprimer pleinement sur la scène continentale.

Rédaction Le Sportif