Battus 77 à 49 par les Lionceaux camerounais en quart de finale, jeudi à Abidjan, les jeunes basketteurs tchadiens achèvent leur épopée continentale sur une note honorable : deux victoires arrachées face au Nigeria et à l’Égypte, deux nations pourtant mieux structurées et mieux dotées que le Tchad.

L’aventure des Sao U18 à l’AfroBasket s’est arrêtée en quart de finale, jeudi 13 août à Abidjan, face à un Cameroun supérieur sur l’ensemble du match (77-49). Un résultat sans appel sur le tableau d’affichage, mais qui ne doit pas occulter le parcours accompli par les hommes du coach Asnal Alain lors de cette compétition.

Le début de tournoi avait pourtant été délicat, avec une défaite d’entrée face à la Côte d’Ivoire. Mais les Sao ont su hausser leur niveau de jeu pour enchaîner deux victoires consécutives, face aux Super Aigles du Nigeria puis face aux Pharaons d’Égypte, décrochant au passage une qualification historique pour les quarts de finale. Deux résultats sur quatre matchs disputés : un bilan qui a suscité des réactions contrastées, entre critiques après la défaite de jeudi et hommages appuyés au mérite d’un groupe qui s’est construit en un temps record, sous l’impulsion d’un staff technique et d’un encadrement médical pleinement mobilisés.

Deux victoires à relativiser au regard des moyens

Ce qu’il ne faut surtout pas perdre de vue dans ce parcours, c’est que le Tchad a fait chuter deux sélections mieux équipées, mieux structurées et bénéficiant d’un traitement salarial et de primes bien supérieur à ce que peuvent offrir les instances tchadiennes. Les Sao, eux, sont partis de rien ou presque, portés avant tout par un mental d’acier et un amour de la patrie qui ont suppléé au manque de moyens. En à peine un mois, les techniciens de la fédération ont dû bâtir une équipe nationale digne de représenter le pays sur la scène continentale, quand d’autres nations mobilisent des moyens matériels et financiers conséquents, parfois sur plusieurs mois, pour préparer une échéance de ce niveau. Au pays de Toumaï, c’est avec les moyens du bord, et grâce au sacrifice de chacun, que cette compétition a été préparée.

Match après match, les Sao ont également dû affronter des adversaires dont plusieurs éléments sont issus de centres de formation en Europe ou en Amérique, quand l’équipe nationale tchadienne alignait pour l’essentiel des joueurs formés localement, à N’Djaména. Ces centres de formation, qui opèrent sans réel appui de l’État, ont malgré tout fait de leur mieux pour fournir à la sélection des jeunes talents capables de rivaliser. Un constat qui invite à rouvrir, sans tarder, le débat sur les infrastructures, le traitement des joueurs et des entraîneurs, et plus largement sur l’ensemble des conditions nécessaires à la pratique du basketball de haut niveau au Tchad. Car le sacrifice et l’engagement, aussi réels soient-ils, ne suffisent pas indéfiniment : le basketball est aujourd’hui une industrie, qui exige des moyens conséquents pour produire des résultats durables. Il convient donc de ne pas se montrer trop exigeant à l’égard de ces jeunes, qui ont donné le meilleur d’eux-mêmes avec ce dont ils disposaient et, comme le rappelle un adage africain, « la jeune fille ne peut donner que ce qu’elle a ».

Des zones d’ombre à éclaircir

Autre point qui interroge : pour rallier Abidjan, les Sao ont dû voyager en ordre dispersé. S’agit-il d’une contrainte financière, ou d’un problème d’organisation ? La question mérite d’être posée clairement aux instances concernées, tant ce genre de couac peut fragiliser une équipe avant même son entrée en compétition.

Garder le cap sur cette génération

Les regards sont désormais tournés vers ces jeunes pépites, qui ont su toucher les cœurs tout au long de cette compétition. Il est essentiel de maintenir le cap sur cette génération : ce sont ces mêmes joueurs qui constitueront, dans les années à venir, l’ossature de l’équipe nationale senior.

Le ministère en charge des Sports est, à ce titre, directement interpellé sur le dossier du plateau moderne de basketball dont la première pierre a été posée il y a plus de trois ans, au sein du stade Olympia d’Abéna. Sa réalisation effective permettrait enfin aux jeunes talents tchadiens de disposer d’une salle moderne, condition indispensable pour les habituer aux standards des compétitions internationales qu’ils sont désormais en mesure de disputer.

Ressemadji Ngandjibaye Keita